samedi 3 novembre 2012

Samedi 3 novembre – Etre partout en même temps - Céline

Journée chargée. Nous nous sommes répartis les interviews hier soir. Neal, Marc et moi nous rendons au premier rendez-vous, avec Flora, syndicaliste du secteur de l'énergie. Certains d'entre nous l'ont déjà croisée en Belgique, lorsqu'elle est venue présenter "Catastroïka" avec Aris Chatzistefanou, le réalisateur de ce documentaire sur la privatisation des services publics. 

Flora nous accueille dans les locaux de Rénovation Communiste, une autre composante d'Antarsya qui émane d’une scission du parti communiste, le KKE. Petit drapeau rouge au milieu de la table et cigarettes de circonstances, Flora ouvre d’emblée la discussion à propos de la campagne de "l’Initiative pour la sortie de l’euro et de l’Union Européenne" qu’elle anime avec d’autres. Quelques jours plus tôt, elle nous avait en effet contactés pour nous inviter à intervenir dans un meeting dimanche matin. Jusque là, nous pensions qu’il s’agissait d’un meeting général sur la solidarité internationale. Nous sommes un peu pris de court et recadrons donc la discussion sur le thème que nous souhaitons aborder avec elle: les attaques envers les services publics et, particulièrement, le secteur de l’énergie. Le topo est vite fait: "Le service public, ça n'existe plus en Grèce". Flora nous parle davantage des stratégies syndicales et nous donne son opinion sur la façon d'agir dans la période: "D'abord mener la lutte au niveau national. Contre le gouvernement grec. Pour obtenir rapidement des résultats concrets et des augmentations de revenus parce qu’on en est à un point où les gens ne peuvent parfois même plus s’acheter une bouteille de lait. Mais, pour y arriver, il n’y a pas d’autre solution que sortir de la zone euro". 

Sur le chemin du retour, nous passons devant un kiosque à journaux qui expose une partie de la diversité de la presse de gauche. Reflet de la pluralité des points de vue et des stratégies que nous percevons de plus en plus à travers notre séjour. Nous sommes partagés sur l'analyse de Flora. Et aussi un peu déçus qu’elle ne nous ait pas davantage parlé de son secteur de travail. 



Nous retrouvons les autres à l'auberge. Il nous reste un peu de temps avant la visite d'Antonis que nous avons rencontré jeudi et qui veut nous interviewer pour Radiobubble: "Quelle image vous avez de la Grèce en Belgique? Et comment voyez-vous la montée du fascisme ici? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans vos rencontres?" Maroussa, active dans le mouvement des Indignés nous informe qu'elle doit reporter notre rendez-vous de cet après-midi au lendemain. Tant mieux. Ca nous laisse le temps de souffler un peu. Nous en profitons pour recharger nos batteries, tant de nos caméras que de notre métabolisme. 

A 19h, nous repartons vers Exarchia, à la rencontre Dimitra, militante d'OKDE-Spartakos. Au K*Vox, entre les affiches de mobilisation pour le concert antifasciste du lendemain, les peintures pro-CNT de la guerre d'Espagne et les drapeaux de solidarité avec les prisonniers basques, elle nous parle des attaques envers les femmes et de l’état des mouvement féministes en Grèce. Pas très réjouissant. Comme partout, les femmes sont parmi les premières victimes de l’austérité. Mais les mouvements de résistance restent en majorité très sexistes. C’est vrai que, dans les rues, à l’université, nous avons vu très peu d’affiches et de slogans féministes. Minorisées, les militantes féministes essaient de se regrouper au-delà de leur tendance politique. Elles réussissent ainsi des alliances sur lesquelles bloquent parfois leurs organisations respectives. Comme quoi... 

Vers 21h, Marina nous rejoint avec Katerina et Panos. Ils veulent nous emmener au Club Ouvrier, une sorte de maison de quartier qu'ils animent avec d'autres à Neas Smirnis. C'est un peu loin. Et on commence à avoir faim. Le temps d'avaler une pita en vitesse de l'autre côté de la place, Marc, Katerina et moi rejoignons Ilias qui nous attend un peu plus loin avec une voiture. Les autres prennent un taxi. Sur la route, pendant que nous longeons les ruines de la porte d'Hadrien, Katerina nous parle Club Ouvrier: "C'est une structure que nous avons créée il y a deux ans, avec des étudiants, des chômeurs, des travailleurs. La seule condition pour être membre, c'est de ne pas être patron de quelqu'un. Ici, nous voulons développer une solidarité de classe, pour que nous parlions entre nous, pour que nous reprenions notre vie en main. Nous sommes en guerre de classe et nous avons besoin de nous unir contre l'oppression de l'Etat, les flics, les fachos. Nous devons nous organiser dans les quartiers. Au Club Ouvrier, on organise une aide scolaire pour les étudiants du secondaires, un soutien matériel aux grèves, comme celle des métallos des aciéries. Mais il y a aussi plusieurs ateliers, de théâtre, photo, peinture..." Motivant! Nous sommes pressés de voir ça.


Le quartier est visiblement assez "classe moyenne", avec de larges rues et des appartements proprets. Lorsque nous arrivons, l'AG mensuelle pour faire le point sur les activités est terminée. Et le concert acoustique qui la suit s'achève aussi. En attendant l'arrivée des taxis, d'autres informent Katerina que, dans la journée, en plein pendant les activités, quelqu'un est venu sceller les portes côté rue. "On n'a jamais eu de problèmes avec les néonazis ici. Et il n'y a pas de fachos qui militent en tant que tel dans le quartier. Mais il faut toujours se méfier. Et ça, ça ressemble à une menace". 

Nous nous installons dans une grande pièce et l'assemblée s'élargit. Katerina, Panos et Ilias qui nous ont accueillis sont tous les trois journalistes. Il y a aussi Andreas, mécanicien et syndicaliste, Tassos, au chômage, Dimitris, étudiant en médecine. Certains militent dans des organisations politiques, comme Katerina au NAR, la principale composante d'Antarsya, Panos au SEK, la section grecque de l'International Socialist Tendency, elle aussi dans Antarsya, ou Ilias à Synaspismos, la principale composante de Syriza: "mais la gauche de Synaspismos, hein". Nous parlons de la situation dans le secteur des médias, dans celui de la santé, du mouvement étudiant. Mais le débat les plus animé concerne la façon de combattre Aube Dorée et les fachos. Au Club Ouvrier, tous n'ont pas le même point de vue: les attaquer sur leurs discours et dénoncer leurs méthodes pour détruire leur image, créer des réseaux de solidarité entre voisins dans les quartiers pour les empêcher d'occuper le terrain, les affronter physiquement dans des combats de rue... Pendant que nous discutons, Panos reçoit un message: Aube Dorée vient de saccager le magasin d’un étranger. En toute impunité. Comme d’habitude.

Discussion intense, complexe, interpelante, urgente... Mais nous arrivons à notre niveau de saturation d'infos (et d'anglais) pour la journée. Besoin de prendre l'air. Ilias nous ramène à Exarchia en voiture, avec une conduite disons "originale". Une camarade d'OKDE-Spartakos fête son anniversaire dans un squat à Exarchia. Nous y retrouvons les autres. Punk antifa grec, whisky et sale vin en cubi comme il se doit. Bel épilogue pour une journée de rencontres qui motivent bien pour combattre sur tous les fronts en même temps: anticapitaliste, féministe, antifasciste, internationaliste... Solidarité!

Céline, 3 novembre 2012.

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