mercredi 21 novembre 2012

Au Club Ouvrier sur les médias, la santé, la police, les fachos, le mouvement étudiant, …

Nous débarquons au Club Ouvrier tandis que se termine l'Assemblée Générale et le concert qui la suit. Nous sommes habitués à des entrevues avec un ou deux interlocuteurs. Ici, nos hôtes nous accueillent en collectif: Ilias, journaliste, actif dans une coopérative de journalistes à Thessalonique, à radiobubble et à Synaspismos, la principale composante de Syriza; Panos, journaliste, média-activiste à radiobubble; Katerina, journaliste, média-activiste, militante au NAR, principale composante d’Antarsya, étudiante en médecine (parfois), et pendant longtemps active dans le mouvement étudiant; Andreas, technicien, réparateur de voitures, militant du syndicat des travailleurs du métal; Tassos, chômeur, co-fondateur du club ouvrier; Dimitris, étudiant en médecine et Marina, Initiative de Solidarité à la Grèce qui Résiste (Belgique).




A propos de l'état de la presse… 

Katerina: Il y a beaucoup de catégories de journalistes en Grèce. Mais la plupart des jeunes sont très précaires, avec du travail sous-payé, sans assurance santé, sans pension, au noir, etc. Dans le syndicat de la presse, ils connaissent bien le problème mais ils n’arrivent pas à arranger ça. Beaucoup de jeunes journalistes ne sont pas syndiqués. 

Ilias: Les dirigeants des principaux médias sont aussi patrons dans l'industrie de la construction, les banques, la marine. Dans leur presse, ils font de la pub pour les politiciens grecs et sont récompensés en retour par l’attribution de marchés énormes, surtout de construction. Ils travaillent pour ceux qui ont le capital et aussi pour les leaders de parti au gouvernement qui sont très proches. Avec la crise, ils augmentent le contrôle sur les journalistes qu’ils emploient. Personne ne peut dire quelque chose qui n’est pas approuvé par le patron. Ces deux dernières semaines, il y a eu deux incidents. Un journaliste indépendant a été persécuté pour avoir publié la liste Lagarde, avec des personnes qui ont placé leurs fortunes à l'étranger. Un autre a eu des problèmes pour avoir parlé à la télévision publique, la télévision d'Etat contrôlée par le gouvernement, du rôle du Ministère de l’Intérieur dans l’arrestation des 15 antifascistes arrêtés par la police. Ils essaient de faire taire toutes les voix qui critiquent ouvertement. 

Katerina: Il y a quelques mois, Reuters a fait éclater un scandale à propos d’une banque privée qui a racheté une banque d’Etat pour rien du tout. Mais cette histoire n'a jamais été entendue en Grèce, seulement à l'étranger. Cela n’a pas empêché les banques de poursuivre Reuters. Un procès a eu lieu la semaine dernière mais personne ne le sait, les médias n'en parlent pas. Tout le système bancaire est connecté aux médias et ceux-ci travaillent donc aussi pour les banques. Mais on ne connait pas vraiment ces connections, rien ne sort dans les médias. Si tu est journaliste indépendant et que tu veux parler de ça, tu es sûr que personne ne te signera de contrat. 

A propos de ce dont parlent (ou pas) les médias… 

Ilias: Les médias ne couvrent pas les grandes histoires, comme celle de Skouriès où plusieurs villages, donc des milliers de gens se mobilisent contre l’exploitation de mines d’or et de cuivre. La répression y est très dure. Beaucoup de manifestants, dont un membre du parlement, ont été frappés très brutalement. Mais les principaux investisseurs intéressés par ces mines possèdent beaucoup de médias en Grèce. Du coup, cette histoire n'a jamais été mentionnée. Comme si ça n'existait pas. Même pas un mot à la télévision publique de Thessalonique, la grande ville la plus proche. Les journalistes de cette télé ont alors commencé une grève parce qu'on ne les laisse pas parler de ce qu’il se passe à Skouriès. 

Katerina: On sait qu’il y a des milliers de personnes dans les manifestations, dans les rues d'Athènes. Mais tu ne connaitras jamais via la télé grecque le nombre de participants, ni ce pourquoi les gens qui manifestent sont là. Ce que tu entends, c'est seulement à propos des affrontements et des "émeutiers". 

Ilias: Il y a deux semaines, j'ai vu à la télé une heure et demi de nouvelles sans rien à voir avec quoi que ce soit qui concerne les réalités de vie de la population. C'était strictement économique, sur ce qui arrive en Europe, avec Merkel ou les autres, sur ce que les banques prédisent pour le futur... Ils vivent dans une société qui n'existe pas. Ils vivent seulement dans leurs histoires. 

Katerina: Les médias sont parfois obligés de parler de l'augmentation de la violence raciste parce qu’il y a de gros problèmes. Mais ils présentent ça sous un angle particulier. Ils pointent les immigrants comme l’origine du problème et tu ne vois jamais rien sur la monté d’Aube Dorée, le parti nazi. Ils parlent des fachos qui vont saccager les magasins des étrangers comme de simples habitants, des voisins embêtés par les commerces des étrangers. Ils ne mentionnent jamais qu'ils sont liés à Aube Dorée. Pourtant, des gens ont reconnu des parlementaires d'Aube Dorée dans ces saccages. On sait qu’ils les ont organisés. Ca donne l'idée qu'on a en Grèce énormément de mauvais migrants qui créent des problèmes et que, face à cela, quelques personnes utilisent l’auto-défense pour stopper l'immigration en détruisant leurs magasins. 

Panos: Juste maintenant, pendant qu’on parle, c'est encore en train d’arriver. Je viens de recevoir un texto… 

A propos de l'état du système de santé… 

Katerina: Il y a eu de grosses coupes dans les budgets de la santé publique. J'ai une amie qui est médecin dans une unité de soins intensifs d’un hôpital public depuis trois ans. Sans compter les heures supplémentaires, elle gagne 900 euros par mois, après six ans d'école médicale, quatre ans de sociologie et trois ans d’expérience. Ils ferment aussi beaucoup d'hôpitaux, comme Patissia. Tu n'a jamais eu de médecin de quartier qui te donne les premiers soins, tu dois tout de suite aller à l'hôpital, même pour un rhume. Mais, depuis l’an passé, une nouvelle loi dit que, sans assurance, tu dois payer les soins dans le santé publique. Seulement, beaucoup de personnes n'ont pas d'assurance maladie, comme les chômeurs ou les immigrés sans papiers. Ils n’y ont donc pas accès parce que, si tu ne paies pas, tu ne rentres pas. 

Parfois, le docteur accepte de payer lui-même la note. Certains docteurs des hôpitaux publics font du travail supplémentaire gratuitement le soir. Beaucoup de patients se rendent aussi dans les cliniques gratuites de Médecins du monde par exemple ou dans les clinique privées où des volontaires essaient d'assurer les soins principaux. Mais les patients ne peuvent pas recevoir de chimio et meurent à cause de ça. C’est terrible. Tu as des gens qui meurent dans tes mains, sans que tu puisse les renvoyer aux hôpitaux publics qui ne les acceptent pas. Tu dois compter sur les hôpitaux privés qui accepteront peut-être de te donner la charité. La santé en grèce, c'est une bombe qui va exploser. 

Ilias: Déjà avant la crise, il y a deux ans, mon père était soigné dans un hôpital où il y avait deux infirmières pour 45 patients. Tout le monde devait se débrouiller. Et c'était il y a deux ans. Maintenant, c’est pire. 

Katerina: A cause des coupes budgétaires, ils ne remplacent plus les médecins des hôpitaux quand ils prennent leur pension. Sa place reste vacante parce que la loi n'autorise pas l'état à engager. C’est la même chose dans les écoles. Par contre, il reste deux secteurs où l’on peut encore engager: la police et l'armée. 

Dimitris: Beaucoup d'étudiants de médecine quittent le pays pour étudier ailleurs une spécialité, en Allemagne, en Suède ou en Angleterre. Il y a maintenant des maladies qui réapparaissent, comme la tuberculose. 

Katerina: Les enfants n'ont plus de vaccins, même pas dans les cliniques volontaires. Et des maladies disparues réapparaissent. A Athènes, on voit de plus en plus de personnes mourir de cancer parce qu’il n'y pas moyen de les soigner dans les hôpitaux. Un jour, un médecin a téléphoné à un émission de radio à laquelle participait en direct le ministre de la santé pour dénoncer la situation. Il a expliqué qu’il n’a pas pu soigner une femme de 45 ans, sans assurance et atteinte du cancer, et qu’il n’a pas pu non plus trouver pour elle de clinique privée. C'est la première fois que le ministre a reconnu lui-même que le problème existe bel et bien… mais qu'il ne ferait rien pour le résoudre. 

A propos de la police et de la répression… 

Andreas: En Grèce, tous les corps de police sont armés et la police anti-émeute utilise plus de gaz lacrymogènes qu'en Israël. Les policiers en civil peuvent t'arrêter juste parce qu'ils n'aiment pas ta tête ou parce qu'ils pensent que tu vas créer des problèmes. C’est interdit ici de porter des masques à gaz ou des lunettes de plongée. S’ils t'arrêtent avec ça, même loin du centre d'Athènes, tu peux être accusé par la loi anti-terroriste de vouloir couvrir ton visage. 

Katerina: Il y a l'histoire d’un garçon qui venait de sortir de la piscine avant de rejoindre une manif. Il ne faisait rien de spécial, seulement participer à la manif comme les autres. Mais il a été arrêté parce qu’il portait cet équipement, même sans l’utiliser. Il a passé des semaines en prison jusqu'à ce qu'un mouvement de solidarité n’arrive à le faire libérer (ici un blog qui avait été créé à ce propos à l'époque). Ce n'est pas un cas isolé. Une autre fois, un jeune qui se rendait à une manif mais qui était encore loin du contre de la ville avait dans son sac un bête masque anti-poussière en papier. Tu ne peux pas faire grand-chose avec ça. Mais il a été arrêté avant que la manif commence. Il a été poursuivi. Avant le procès, son visage et son nom ont été diffusés par la télé; la police demandait des témoignages pour savoir s'il avaient participé à des activités illégales. Il était déjà considéré comme coupable alors que rien n'était arrivé. 

Pour entrer dans la police, tu dois passer un examen et deux ans d’études. Mais ils ont aussi créé deux forces spéciales, comme les Delta qui utilisent des motos, avec des anciens militaires des forces armées spéciales, pour la plupart des électeurs ou militants d'Aube Dorée. C'est connu. Au commissariat de Patissia, c’est rempli de proches d’Aube Dorée. Ils n'arrêtent jamais les nazis qui attaquent les immigrés. Ils les connaissent et les couvrent. Il y a deux semaines, des immigrants du centre de Tanzanie ont été attaqués par Aube Dorée. Ils se sont rendus au commissariat avec leur avocat mais la police n'a pas accepté leur plainte. En sortant de là, les avocats ont été tabassés, juste au nez de la police. Et il ne s’est rien passé. Autre exemple, en octobre dernier, des chrétiens radicaux et Aube Dorée ont voulu empêcher une pièce de théâtre qu’ils jugeaient blasphématoire parce qu’elle représentait Jésus et ses disciples comme une bande de gays. Le soir de la Première, ils se sont rassemblé devant le théâtre Chytirio et un parlementaire d’Aube Dorée y a tabassé un spectateur. La police était là… et les regardait sans rien faire. Comme dans le film Z de Costa-Gavras. (au final, la pièce a été annulée L ) 

Panos: Par contre, la police est beaucoup plus prompte et stricte quand il s’agit d’arrêter et de poursuivre en procès quelqu’un qui poste une caricature d’un moine orthodoxe sur sa page facebook, comme c’est arrivé en septembre dernier. 

Katerina: Alors que les nazis ne sont jamais arrêtés, il y a aussi eu l’arrestation et la torture par la police porche d’Aube Dorée d’une quinzaine d’antifascistes. Les médias grecs n'en ont pas parlé. Quand c’est sorti dans The Guardian, la réaction du Ministre de l’ordre public a été de dire que c'était des mensonges. Il a voulu poursuivre The Guardian. Mais le rapport médical est arrivé ensuite, en confirmant les tortures. Mais il n’y a pas eu de suite et les militants antifascistes ont dû payer plus de 10.000 euros de caution pour leur libération. 

A propos des fascistes et de la façon de les combattre... 

Ilias: Là-dessus, personne dans cette pièce ne va tomber d'accord :)

Katerina: Jusqu’à il y a peu, Aube Dorée était une organisation illégale qui plafonnait à 0,2 ou 0,3% aux élections, même si, à certains endroits, elle a obtenu de bons scores aux dernières élections municipales de 2010. Mais elle a poussé sur un terreau fertile. Pendant longtemps, le racisme, l’homophobie, la xénophobie, le nationalisme, ont été banalisés par les médias qui attaquaient les migrants, les organisations de travailleurs, les grèves. Ces idées étaient d’ailleurs déjà largement acceptées dans la société grecque. 

Panos: L'histoire politique en Grèce a été très troublée. Ceux qui ont collaboré avec les nazis pendant la 2e guerre mondiale n'ont jamais été punis. Quand la gauche a perdu la guerre civile, ce sont les collabos qui ont pris le pouvoir. Après le coup militaire en 67 et après 74, ces personnes ont été complètement intégrées. Tu pouvais les trouver dans la Pasok, dans la Nouvelle Démocratie, dans la police, dans l'administration, partout. Aujourd’hui, il reste encore un gros pourcentage de la société grecque qui garde leurs idées. Tu peux dire assez ouvertement que tu es un raciste ou un collabo nazi. 

Katerina: Avec les gros problèmes économiques de ces deux dernières années, l’appauvrissement de la population a atteint la classe moyenne. En même temps, les militants d’Aube Dorée sont devenus de plus en plus actifs contre les immigrants. Avec la corruption du système politique, les électeurs de la Nouvelle Démocratie ou du Pasok se sont tournés vers autre chose. Le vote pour Aube Dorée était pour eux une forme de protestation. Entre mai et juin, la bourgeoisie a vu qu'Aube Dorée montait et pouvait avoir du pouvoir dans le Parlement. Certains ont donc changé leur vote et commencé à les soutenir. Nous savons qu'Aube Dorée a des liens avec la bourgeoisie. Ils ont beaucoup de soutiens financiers, sans qu’on ne sache d’où ils viennent exactement. C’est aussi ce qui leur a permis d’arriver là où ils sont. 

Entre les élections de mai et de juin dernier, personne ne pouvait ignorer qu’Aube Dorée est un parti néonazi. C'était évident, même si ceux d’Aube Dorée essaient de se différencier des nazis et des fascistes. Ils disent que les premiers sont des nationalistes allemands et que les second sont des nationalistes italiens alors que, eux, sont simplement des nationalistes grecs. Tout le monde le savait mais on les a laissé faire, alors qu'on aurait pu les stopper. On a par exemple vu un parlementaire frapper une parlementaire communiste à la télé, les leaders du parti écrire que l'holocauste n'a jamais existé, refuser de promettre le respect de la démocratie devant la Haute Cour alors que c’est obligatoire pour se présenter aux élections... Mais tout le monde a laissé faire. La justice et le système politique ont utilisé leur discours. Maintenant, Aube Dorée est au parlement et possède 60 bureaux dans Athènes. 

Il y a aussi l’histoire du leader d'Aube Dorée, Nikolaos Mihaloliakos, qui reste dans l’ombre. On sait qu’il a été arrêté deux fois dans les années '70. Il a été accusé d'avoir tabassé un journaliste pendant les funérailles d'un gars qui a torturé les militants de gauche à l'époque de la junte militaire. Après ça, il a aussi participé à un groupe terroriste d'extrême droite qui a mis des bombes dans Athènes. Il a été poursuivi pour ça et est resté quelques mois en prison. Maintenant, cet homme est à la tête d'un parti politique qui siège au Parlement. Personne ne connait vraiment l'histoire de cet homme, ce n'est pas public, ce n'est pas dans les médias. Pourtant il a été jugé et il a été reconnu coupable. Mais, à la télévision publique, quand on l'interviewe, personne ne lui pose de question sur son passé. C'est incroyable. C'est comme si rien n'avait existé. Personne ne parle de ses liens avec les partis néonazis en Europe. C'est comme s’il était un nouvel homme providentiel arrivé pour nous sauver. 

Marina: Une large part de la société grecque est orientée vers l'extrême droite et la royauté. En Grèce, le roi a été imposé, on ne l'a jamais demandé. Au XXe siècle, pendant la guerre civile, le roi a travaillé ouvertement avec l'extrême droite. Ce n'était pas un pro-démocratie. Une large part de la société est pro-roi, pro-extrême-droite, raciste. C’est dans les années '90 qu’Aube Dorée a commencé à exister vraiment comme organisation. C'est une vieille histoire. Pendant toutes ces années, ils ont été provocateurs et agressifs. Mais la gauche n'a pas fait gaffe. Tout le monde vivait dans la bulle joyeuse des années '90. A gauche, on n’a vraiment pas été assez vigilants et critiques. Seuls les anars ont vraiment pointé le danger et se sont mobilisés dans les rues contre les nazis. Aujourd’hui, on se demande s’il est mieux de les combattre avec un front politique ou un front de bataille en rue. Je crois qu'on a besoin des deux. On a besoin d’une réponse politique parce qu'ils sont les serviteurs de la bourgeoisie. Mais on a aussi besoin de les combattre en rue, vu qu’ils sont dehors en train de tuer les gens. 

Katerina: Les néonazis pointent les migrants comme les premiers ennemis à abattre, et justifient ainsi leurs pogroms dans les rues d'Athènes. Maintenant, ils attaquent aussi des membres de partis politiques, comme Syriza ou le KKE qui sont les plus importantes formations de gauche. Mais, alors que leurs que leurs membres et leurs parlementaires étaient attaqués, ces partis n’ont rien fait pour contrer les nazis. Au début, ils se contentaient de dénoncer simplement ce qu’Aube Dorée faisait. Ils n'ont pas concentré leurs énergies pour s'organiser contre eux. C'était une grosse erreur. 

Il faut voir aussi que Aube Dorée attaque la classe ouvrière. Leurs militants se rendent dans des petits magasins pour que les patrons renvoient les employés étrangers et les remplacent par des grecs. On sait que les immigrants sont très mal payés. Aube Dorée voulait faire engager des Grecs à leur place mais dans les mêmes conditions de travail, à 300 euros par mois. Récemment, ils ont refait le coup sur un chantier de construction. Là, le syndicat du KKE a dit, pour la toute première fois, qu'il ne leur permettrait pas de faire ça aux travailleurs. Le KKE est une très grande force mais ne l’a jamais utilisée contre Aube Dorée dans de grosses manifs. Quant à Syriza, ils veulent lutter contre les néonazis dans une voie démocratique, dans le parlement. Je crois qu’il faut aussi les attaquer dans les rues, dans les quartier, en vrai, pour essayer de protéger ceux qui sont tabassés. Mais on ne peut pas faire ça de l'extérieur des quartiers, en venant comme ça, une fois tous les trois mois, dire qu'on est de gauche et qu'on sait quoi faire puis rentrer à sa maison. On doit fédérer des structures sociales pour résoudre les problèmes des quartiers. Du travail de solidarité avec les chômeurs, pour résoudre les problèmes de nourriture, d'éducation et de santé. Les anars font bien ça: être dans la rue et essayer de résoudre concrètement les vrais problèmes. Je ne crois pas que les partis au pouvoir vont contrôler les néonazis. Ils essaient plutôt de les utiliser et sont même capables de collaborer avec eux. On doit démonter ça aussi: que l'état et la police sont une part du problème. 

Ilias: En Grèce, les médias comparent la violence néonazie à la violence de l'extrême gauche. Syiriyza, la coalition de différents groupes de gauche, trotskystes, maos, réformistes... a obtenu 27% des votes en venant de 4%. C'est facile pour les médias de comparer avec Aube Dorée pour alimenter la théorie que les extrêmes augmentent. Tu peux pas les laisser te mettre au même plan que les fachos, même s’ils le feront de toute façon. Ces deux derniers mois, les avocats et parlementaires de Syriza ont dénoncé ce qui s'est passé. Ils se sont battus dans les rues contre les nazis. Ils n'ont pas laissé les autres seuls. Les enquêtes sur les tortures des antifas par la police d'Aube Dorée à Athènes ont été soutenues par les parlementaires de Syriza qui sont venus témoigner. Se battre contre les nazis, ça passe par un mouvement de solidarité large, construit avec toute la gauche, pour reprendre en main les besoins de la société. On doit faire ça maintenant, c’est urgent, c’est le dernier rappel. 

Panos: Je suis d’accord avec Marina et Katerina. Quand ta maison est en feu, tu dois sortir. Maintenant, j’aime pas ça, mais je crois que la violence est nécessaire. On doit regarder ce qu’on a mal fait dans le passé, dans les années 30 quand les nazis ont gagné en Allemagne, pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Le mouvement de solidarité a un grand rôle à jouer. Mais ça prend du temps à construire et, d’un autre côté, il faut absolument stopper ça maintenant. 

Katerina: On ne doit pas oublier que c’est aussi une guerre de classes. Tu ne peux pas dire seulement qu’il faut construire la solidarité. Tu dois parler de guerre des classes avec ces termes exacts. Les néonazis sont pro-capitalistes, ils ont participé aux décisions au parlement dans ce sens. Si tu ne poses pas le problème de classe, si tu n’as pas les syndicats, si tu n’as pas de grande force ouvrière contre les néonazis, tu ne couvres que la moitié de l’histoire. C’est clair. C’est ce qu’on essaie de faire avec le club ouvrier, à très petite échelle. Il faut parler des différences de classes et de où on se situe, de où sont nos intérêts communs. Ce n’est pas tellement qu’il faille expliquer, mais c’est surtout qu’il faut agir ensemble, prendre part à la lutte, prendre nos vies en mains, avant que les néonazis ne viennent tourner dans les quartiers. Ici, dans ce quartier, on n’a pas encore de gros problèmes avec les néonazis. Avant de les voir arriver, on doit créer des groupes avec des membres de la gauche, des anars, même des réformistes, du moment qu’ils sont contre les fachos et aussi contre l’oppression de l’Etat et de la police parce que ces deux choses sont très liées. On doit créer des petits noyaux. Pour se lever et stopper les fachos. Avec la violence si c’est nécessaire. 

A propos du mouvement étudiant… 

Katerina: En 2006-2007, il y a eu un mouvement étudiant massif dans les grandes universités et hautes écoles contre le changement de l’article de la constitution qui garantissait la gratuité. Pour la plupart, les hautes écoles étaient complètement gratuites, sans être considérées comme universités. Ce mouvement n’a pas complètement gagné. Mais, depuis, les étudiants sont très politisés. Dans les élections étudiantes, la majorité va encore à la Nouvelle Démocratie et au Pasok. Mais beaucoup d’étudiants sont pro-gauche en général. Après 2007, le mouvement des universités est devenu plus combatif. Beaucoup ont pris part aux mouvements sur les places contre l’austérité. Après ça, il y a eu beaucoup d’occupations et de manifs contre une nouvelle loi visant à changer le fonctionnement des universités. Cette loi est passée. Mais ça crée encore de gros problèmes. Depuis l’année dernière, les étudiants essaient d’empêcher l’application de cette nouvelle loi. Ces derniers mois, il y a eu quelques actions. 

Dimitris: Les étudiants organisent des assemblées générales et prennent des décisions de manière démocratique sur l’occupation des bâtiments pour combattre la loi. Mais les médias disent que les étudiants qui organisent ça sont les responsables des violences dans les actions. Pour la presse, c’est la même chose que les fachos qui tapent les migrants dans la rue. 

Katerina: Pendant les trois dernières décades, il y a eu une grande lutte pour augmenter la participation étudiante à l’organisation de l’université. Maintenant, la nouvelle loi fait perdre ça. Par exemple, dans l’enceinte de l’université, la police peut entrer et donner l’assaut. C’était impossible jusque maintenant. Il y a aussi de grandes discussions politiques dans les assemblées, les étudiants parlent de tout, de la politique générale. Le gouvernement veut stopper ça aussi. Par contre, c’est la première fois que beaucoup de profs sont contre la loi que les parlementaires ont voté dans un grand consensus. Et, pour l’instant, l’université est un endroit où les nazis n’entrent pas; ils n’y sont pas organisés et ne participent pas aux élections. Pourtant, ils essaient. On estime que 10% des étudiants votent pour eux. 

Avant, il y avait seulement une seule confédération syndicale dans l’université: la EFEE. Mais ils n’ont plus fait grand-chose ces derniers temps. Il faut dire que, à chaque fois, une grande partie de la gauche les stoppait parce que nous croyons que le meilleur moyen d’organiser les étudiants est par les assemblées générales. L’EFEE n’existe plus vraiment. Dans les dernières grandes luttes, c’est la confédération des assemblées générales des universités qui a fonctionné avec l’EAAK, le mouvement indépendant anticapitaliste unitaire. Mais il y a toujours les syndicats des universités, au sein desquels participent des groupes politiques. EAAK est un noyau d’étudiants de gauche radicale qui s’organisent, participent aux élections des syndicats d’universités et aux grandes assemblées d’EAAK, où des étudiants viennent de toute la Grèce pour créer des accords centraux. 

Samedi 3 novembre 2012.
Transcription/traduction/synthèse: Céline

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